Le comte de Paris et Viollet-le-Duc

Après l’abdication de Louis-Philippe en 1848, les membres de la famille d’Orléans connaissent l’exil. Au début des années 1870, le comte de Paris, petit-fils de l’ancien roi et chef de la famille d’Orléans, revient en France et décide de faire du château d’Eu sa résidence.

De longues années d’abandon, ainsi que de nouvelles habitudes de vie, poussent le comte de Paris, un peu à l’exemple de son grand-père, à faire restaurer le château.
A partir de 1874 et jusqu’à sa mort en 1879, l’architecte Eugène Viollet-le-Duc s’attelle à cette tâche.

Il équipe le château d’un nouveau système d’éclairage et d’un chauffage central, tous les deux au gaz, ce dernier provenant d’une usine attenante au château, construite également par ses soins.
Son souci du détail amène Viollet-le-Duc à tout dessiner, des motifs du carrelage et des toiles peintes jusqu’au profil des clous.

A l’extérieur, les modifications les plus visibles demeurent la suppression, au rez-de-chaussée, de la grande salle à manger, côté jardin (remplacée par le portique et ses vitraux) et du vestibule, côté cour.

 

Les acteurs du chantier

  • Eugène Viollet-le-Duc
    Monogramme de Viollet-le-Duc situé sur un des vitraux du Grand Salon.
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Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879) est l’un des architectes les plus réputés du XIXe s. Après avoir parcouru l’Italie, il a l’occasion en 1839 de restaurer l’abbatiale de Vézelay pour la Commission des Monuments historiques. Il acquiert une connaissance approfondie de la construction médiévale. Ses travaux de restauration et de décoration sont nombreux. Il travailla notamment sur la cathédrale Notre-Dame de Paris, la cité de Carcassonne. Le comte de Paris, revenu d’exil, le sollicite en 1874 pour les travaux du château d’Eu. On lui doit d’avoir posé les bases de l’architecture moderne et d’avoir directement inspiré plusieurs acteurs du mouvement Art nouveau, par exemple Hector Guimard.

 
  • Charles-François JALABERT | Le comte de Paris
    Huile sur toile | 1865 | Achat de la ville d’Eu avec l’aide du FRAM Haute-Normandie, 1996.26
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Louis Philippe Albert d’Orléans (1838-1894) est titré, à sa naissance, comte de Paris. A la mort de son père, le duc d’Orléans, il devient l’héritier du trône de son grand-père, le roi Louis-Philippe. Ce dernier, suite à la révolution de 1848, abdique et laisse le trône à son petit-fils. Cependant, la Seconde République est proclamée et la famille d’Orléans s’enfuit en exil. Chef de la maison d’Orléans, il s’engage, avec son frère, dans la Guerre de Sécession aux Etats- Unis. Le comte de Paris épouse en 1864 Marie-Isabelle d’Orléans et regagne la France en 1871 après la chute du Second Empire. Les décrets de confiscation des biens de la famille royale sont abolis ; le comte récupère ses résidences dont les châteaux d’Amboise et d’Eu. Il part à nouveau en exil en 1886 après qu’une loi ait été votée, obligeant les prétendants aux trônes et leur fils aîné à quitter le territoire national. Le comte de Paris meurt en Angleterre et du fait de la loi d’exil, son corps ne sera inhumé à la chapelle royale de Dreux qu’en 1958.

 

Quelques objets de la période

  • Isabelle d’Orléans | Petit salon de Madame la comtesse de Paris
    Photographie | Octobre 1885 | Achat de la ville d’Eu, 1998.19.4

    Il s’agit de l’une des cinq pièces composant l’ancien appartement de la duchesse d’Orléans, mère du comte de Paris.
    Lors de leur arrivée au château, le comte de Paris donne cet appartement à son épouse. L’état du château nécessite de nombreux travaux, dont la direction est confiée à Viollet-le-Duc. Tout au long du chantier, l’architecte et son client s’échangent de nombreuses lettres, aujourd’hui conservées au sein des Archives de la Maison de France. Cette correspondance met en évidence l’implication du comte de Paris dans la décoration du petit salon.
    Le musée conserve encore dans ses collections trois dessins de la main de Viollet-le-Duc concernant cette pièce.

  • Eugène Emmanuel VIOLLET-LE-DUC | Chaise
    Dessin aquarellé monté sur carton | 1875 | Don de Mme Geneviève VIOLLET-LE-DUC, 2002.16.8

    Architecte de renom, Viollet-le-Duc a touché à tous les arts, peinture murale, sculpture de pierre et de bois, vitrail, mobilier civil et religieux, orfèvrerie, dessinant pour certains lieux comme Eu, jusqu’au moindre détail de l’habitation.

    Alors que ses contemporains affectionnent plutôt, pour les meubles, les placages de marqueterie, la dorure et les ornements de bronze, il crée, pour les appartements du comte de Paris, un ensemble de meubles où l’emploi du bois naturel, ici du palissandre de Rio, est prépondérant.

    La réalisation des meubles, qui date du milieu des années 1870, est confiée à Ternisien, tapissier avec qui Viollet-le-Duc avait déjà travaillé pour le train impérial destiné à Napoléon III.

  • ANONYME | Fontaine près de la Collégiale d’Eu
    Photographie | 1875 | Achat de la ville d’Eu, 2002.8.2

    En plus de ses travaux de décoration intérieure, Viollet-le-Duc laisse au domaine d’Eu un programme utilitaire fort intéressant. Il dessina pour les communs du château des grilles, une usine à gaz, une école, un « fourneau économique » pour les pauvres, une fontaine publique. Il réaménagea et agrandit également les écuries, créa bassins, balustrades et réverbères, tout en rapprochant les cuisines du château. De plus, le comte de Paris, passionné par les principes anglais d’agronomie, créa une ferme modèle, et c’est à un élève de Viollet-le-Duc, Morice, qu’il eut encore le temps de confier, avant son départ en exil en 1886, la restauration de la chapelle Sainte-Croix.

    Cette fontaine porte, à la demande du comte de Paris, la dédicace « Louis-Philippe d’Orléans fait ériger cette fontaine, en souvenir de la restitution du château d’Eu à sa famille MDCCCLXXV ».